12 janvier 2006

Smiths, matrice et clones (2)


Trois Smiths et Sandie Shaw

T-Rex – Cosmic Dancer (MP3)
The Buzzcocks – Lipstick (MP3)
The Jam – That’s Entertainment (MP3)
Sandie Shaw – There’s Always Something There To Remind Me Of You (MP3)

Les Smiths ont peut-être converti, au milieu des années 80, toute une génération à la pop, mais ils ne sont pas issus, eux, d’une génération spontanée. Tentative d’élaboration d’une recette en quatre ingrédients.

Une voix (Marc Bolan). Celle d’un chanteur spécial. Toutes les voix sont uniques, certaines sont spéciales : elles divisent. Certains ne supportent pas la préciosité et les trémolos de Morrissey. D’autres fondent dès les premiers mots. Tout comme certains ne supportent pas les halètements suggestifs pour jeunes filles en fleurs de Marc Bolan de T-Rex (dont Morrissey reprit en solo le Cosmic Dancer), alors que d’autres connaissent peu de choses plus émouvantes que son « I danced myself into the tomb », prononcé cinq ans avant un accident mortel en voiture.

Une ville (The Buzzcocks). Celle qui écrasa la pop anglaise de sa classe de 1977 à 1994. Une dream-team qui ferait rêver n’importe quel sélectionneur : Tony Wilson en gardien du temple-Factory, un carré magique de défenseurs raides comme la justice (Curtis, Sumner, Hook, Morris), deux pitbulls hargneux au milieu (les frangins Gallagher), Morrissey et Ian Brown, chanteur des deux meilleurs groupes du monde, à la création, et une paire d’attaquants fabuleux, capables de convertir n’importe quelle mélodie en tube, Pete Shelley et Howard Devoto des Buzzcocks/Magazine. Lipstick, chantée par le seul Shelley, est une leçon de guitare dont a dû se souvenir Johnny Marr.

Une vision (Paul Weller). Celle du nouvelliste qui croque avec acidité le pays de sa Disgracieuse Majesté. Tradition entamée par Ray Davies, poursuivie par Paul Weller (The Jam), et poursuivie en partie par Morrissey et Jarvis Cocker. Sur ce single de Jam (repris plus tard par le Moz), si le refrain est That’s entertainment, on est pas là pour s’amuser. Pas quand on sait décrire dans ces mots-là son pays : "Days of speed and slow time Mondays/Pissing down with rain on a boring Wednesday/Watching the news and not eating your tea/A freezing cold flat and damp on the walls"...

Une vérité (Sandie Shaw). Celle des sentiments exprimés à la première personne. Morrissey vénérait Sandie Shaw, la « chanteuse aux pieds nus », une des symboles des productions easy-listening de Burt Bacharach, auteur du sublime There’s Always Something Me To Remind Of You... Easy, les Smiths ne l’ont jamais vraiment été. Reminded, par contre… On voit ça au prochain épisode.

A suivre : les petits Smiths…

Premier épisode